Sorties cinéma Sorties Cinéma en Sept. 2010 Mercredi 01 Sept | Critiques classées par dates : Oncle Boonmee---------------------------------------------------------------Un film thaïlandais de Apichatpong Weerasethakul avec Thanapat Saisaymar, Jenjira Pongpas, et Sakda Kaewbuadee
Genre : Drame - Durée : 1H53mn
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Classement par dates (Plus récentes à anciennes) - 2 critiques| La note moyenne des internautes : | |
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Par Daphné (Le 17-09-2010 - 14:49)
Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures)... Pourquoi un si long titre? La seconde partie précise la source d'inspiration du film: le livre d'un homme retiré dans un monastère thaïlandais qui pouvait revisiter ses vies antérieures au cours de ses méditations! Le personnage du film est quant à lui bel et bien tiré de l'imaginaire du réalisateur. Or, se souvenir de ses vies antérieures est un thème propice à développer au cinéma par des jeux d'éclipse, de juxtapositions, etc... Il y a ainsi un entremêlement des temps, des âges (ce qui évoque un espace hors du temps, une certaine unité au-delà des apparences), mais aussi un entremêlement des espèces, des vies... C'est un film qui fondamentalement parle de renaissance.
Avec lui nous plongeons au cœur de la culture thaïlandaise et nous pouvons nous y sentir perdu. Néanmoins de nombreux thèmes sont universels, tels que les mythes qui rapprochent l'homme et l'animal: nos mythes grecs font écho au mi-homme mi-bête ou aux accouplements être humain-animal.
Oncle Boonmee va revisiter ses vies antérieures à l'approche de sa mort. Cela commence par la visite du fantôme de sa femme défunte et de son fils en chair et en poils, car devenu singe il y a plusieurs années de cela. On parle donc dans un premier de vie antérieure de façon symbolique, de la vie avec sa femme et son fils. Puis nous nous éloignons de ce premier sens, en visitant d'autres vies et, surtout, d'autres formes de vie. Dans le bouddhisme, l'homme peut se réincarner en animal ou en être humain. Le film évoque aussi la vie végétale et minérale comme étant au commencement de la vie (ou des vies). La forêt est centrale dans le film: c'est la forêt matrice, nourricière, primordiale. C'est là où l'on s'enfonce pour retrouver son origine.
Oncle Boonmee s'engouffrera plus loin au creux d'une grotte. Cet épisode, clé du film, est comme suspendu hors du temps, plein d'enchantement. L'oncle et ses proches s'avanceront plus loin encore, dans la terre, débouchant dans un lieu étoilé, une cave constellée de pierres brillantes, qui résonne comme un lieu familier et d'où émerge des souvenirs chez le héros. Ces étincelles dans la pierre noire rappelle la voute étoilée que nos ancêtres grecs évoquaient comme clos... Un peu plus loin, à un endroit où l'ombre se laisse vaincre par la lumière du jour, Oncle Boonmee sait que c'est là qu'il doit mourir, que c'est là où il est né, la première fois. Dans un cycle continu de vie, de mort et de renaissance. Retrouver l'origine pour en trouver aussi la fin.
C'est son ventre qui est malade. Ce ventre source de vie, parfois aussi identifié comme lieu du cœur et de l'âme, ne tient le héros debout que par la régulation d'un liquide transparent. Libéré de cet artifice, le héros meurt. L'eau, également source de vie, s'écoule du héros, en même temps que la vie le quitte. Le film regorge de symboles matricielles et efface la négativité de la mort. On ne retient finalement que la puissance de la vie. Mort et naissance se retrouvent finalement unies, ne semblent faire qu'une seule et même chose; et c'est l'eau qui permet de faire ce passage. Il semble qu'en Asie l'eau soit sacrée car transportant une énergie vitale... (A approfondir!)
Ces cycles de mort et de naissance parsèment le film: l'apprenti-moine qui, après sa douche (symbole de l'eau), change d'habit, change en même temps de vie; la princesse qui se donne entièrement à un dieu de l'eau (un poisson chat) pour accéder à la beauté, à une autre vie; les animaux en voie de disparition; les sociétés qui se transforment; les souvenirs; etc... et ce jusqu'à interroger la réalité. Les jeux de miroir, de transparence, les projections alimentent le doute. De beaux plans nous étonnent: la lumière colorée semble plus réelle et plus vivante que la personne qui dort, vivante par définition.
| Par Lventriloque (Le 06-09-2010 - 23:07)
Balade dans une jungle où un murmure de basses rassure tout de suite... On vient à la rencontre de l'oncle aux reins défaillants, des apparitions tout ce qu'il y a de gentil. Il doit "naître à rebours", aller se perdre au fin fond des grottes (bien des similitudes avec "Tropical Malady"). Autant se caler dans son fauteuil, fondu dans la pénombre, faire corps avec la nature moite, arrêter de penser... S'en remettre à l'eau, les pas dans la végétation, le très lent déplacement de caméra vers dieu sait quelle curiosité... Apichatpong Weerasethakul, surnommé "Joe" ou "le David Lynch thaïlandais", aurait beaucoup puisé chez l'Américain Bruce Baillie ("Castro Street") : la passion des tunnels tourmentés ouvrant sur le soleil leur est commune. Rien n'interdit de se remémorer Pink Floyd non plus ("A saucerful of secrets")... C'est toujours beau, féérique, purifiant. On se croit dans un conte pour adulte. Las, l'animisme majoritaire dans lequel on s'est allongé, confiant, finit par décontenancer, il y a télescopage avec les éclats de mondialisation, une uniformisation de comportements devenant pesante sous toutes les latitudes... A regarder de plus près la production précédente de ce plasticien, il sait pourtant raconter la Thaïlande actuelle de manière moins emberlificotée. Il gagnerait à approfondir, qu'on retienne quelque chose en plus de l'envoûtement... "L'Etat du monde" (pour la partie qui le concerne) semblerait plus engagé. "Syndromes at a century" et "Blissfully yours", enchanteurs et moins hallucinogènes. A suivre !
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