Par lazlox (Le 14-01-2009 - 23:42)
The Lost Door n'est pas un film porno, ni même érotique.
La pornographie et l'érotisme n'en sont que les matériaux. Le film a pour sujet "l'amour romantique", et se présente comme un essai à la fois narratif, poétique et réflexif sur la question. L'écart entre l'amour et le sexe est au coeur du film. C'en est le drame moteur, à la fois du point de vue des personnages, et à la fois du point de vue de l'esthétique. Qui s'aime et qui désire ? Qui aime désire-t-il et qui désire qu'aime-t-il ? Le lieu commun de la pensée amoureuse du XXe siècle est réinterrogé de cette façon. Mais au contraire des films du siècle dernier, même les plus osés, les corps sont nus et les acteurs ne jouent pas : ils font l'amour réellement, comme on parle, pour servir le propos du film. Un propos de chair mais qui s'adresse à la pensée. Puisqu'il n'y a plus cette division... The Lost Door est un film sur l'image, sur ce qui synthétise la chair et l'esprit, l'idolum. La figuration.
Le film de Roy Stuart The Lost Door est un film d'un genre nouveau. Il invente une nouvelle façon de faire du film. On est à une étape du cinéma, une étape nouvelle. Donc le film est peut-être étrange, ou maladroit, ou archaïque dans son utilisation des moyens filmiques, narratifs, théâtraux. Oui, il fait partie des premiers films de la nouvelle caverne dans laquelle le cinéma peut oeuvrer. Comme le Inland Empire de David lynch, The Lost Door est un film non seulement "fait en vidéo", mais produit par le médium vidéo, par ses possibilités de capture du réel, d'accompagnement du temps... Roy Stuart a fait son film comme un romancier écrit un roman. Seul, face à son matériel, dans son labo. Il a tout fait, de la musique à la direction d'acteur. Le seul avantage qu'il a sur le commun, c'est d'être photographe et d'avoir ses "modèles", presque comme un Robert Bresson de l'Eros. Tout seul, dans un sens, mais c'est un romancier dont le lexique est constitué par le corps et la parole des autres...
Roy Stuart fait un film en captant des flux. C'est ce que permet la vidéo. On dit tourner au kilomètre, mais c'est du temps que la vidéo génère. Au cours des années de tournage, réécriture, retournage, les actrices ont vieilli, ce qui est d'une violence radicale pour des femmes qui ont fait de leur beauté visuelle un outil de travail. Leur plus immense courage est là. Pas dans l'exhibition de leur corps, ou l'engagement dans le sexe, mais dans cet affrontement de leur image avec le temps. Et le film rend un hommage magique à ce courage. En sublimant les visages, de façon à rester au ras des expressions de l'émotion des actrices. Et si Roy Stuart capte des flux, c'est qu'il est capable de créer les conditions dans lesquelles ces flux sont possibles. Provoquer des situations de désir, et voir les acteurs y répondre sans jouer, ça ne se voit dans aucun film porno. Parfois, dans des vidéos amateurs. Sauf qu'ici ce n'est pas amateur, et l'érotisme est au service d'un propos sur l'image, sur le cinéma, tout autant que sur les corps et le désir amoureux.
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